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Guan Yin, déesse de la Compassion

 

Auteur : Minh, 2009

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Article initialement paru dans le premier numéro de la revue La Sève des Mystères : La Grande Mère.

 

Divinité de la Compassion et de la Miséricorde, Guan Yin est devenue dans les traditions bouddhistes (en particulier dans la branche du Mahayana – « Grand Véhicule » ayant pour idéal le Bodhisattva, « l’Être éveillé », et considérant que tout être humain possède en lui la nature de Bouddha, « l’Éveillé ») une divinité qui est vénérée particulièrement en Extrême-Orient : Japon, Corée, Chine, Vietnam, Cambodge essentiellement.

Considérée également comme le symbole de la Mère divine, de la Dévotion, de la Sagesse, de l’Amour et de la Fertilité, elle est aujourd’hui l’une des déités les plus populaires en Asie.

Le présent article a pour objet de parcourir les origines et les différents aspects symboliques  de Guan Yin.

Une déesse aux origines multiples

Le culte de cette divinité, d’origine indienne, fut introduit en Chine sous la dynastie des Tang (au VIIIe siècle plus spécifiquement). Le nom chinois de Guan Yin découle de la traduction du nom sanskrit du bodhisattva Avalokiteshvara. Cette déesse est également appelée sous la dénomination « Chenrezig » en tibétain, « Kannon » en japonais, « Gwanseeumbosal » en coréen, « Quan The Am » en vietnamien, « Lokesvara » en khmer.

Représentée à l’origine sous des traits masculins, Guan Yin fut féminisée en Chine progressivement à partir de la dynastie des Song (Xe-XIe siècles), pour des raisons qui restent encore obscures. Certains croyants n’hésitent pas à lui donner une apparence qui lie le masculin et le féminin, par exemple un jeune homme aux traits fins et au visage imberbe qui porte une longue robe. Il est assis gracieusement et observe, le regard dirigé vers le bas, le monde.

Son nom signifie « celui ou celle qui considère les sons ou appels », « guan » signifiant regarder, observer, contempler et « yin » signifiant le son ou l’incantation en chinois. Ainsi, Guan Yin est la déesse à l’écoute des prières et des pleurs des âmes en détresse, qui va libérer ces dernières de leurs souffrances.

Une énergie généreuse et bienveillante

Iguan-yinncarnation de la Compassion, Guan Yin est la protectrice des êtres humains en danger ou en peine. En effet, si elle est considérée à l’origine comme la déesse qui veille sur la sécurité des pêcheurs, des marins, des voyageurs et des enfants, son aura et son énergie bienfaitrice ont connu une telle vénération à travers les siècles qu’elle est considérée aujourd’hui en Asie comme la déesse protectrice de toutes les personnes qui l’invoquent. Elle est ainsi devenue la déesse qui assiste toute l’humanité dans sa souffrance quotidienne en supportant une partie du poids de cette dernière. Elle est aussi invoquée par les femmes désireuses de donner naissance à plusieurs enfants. Ainsi, en fonction de la protection qu’elle peut conférer, il existe plusieurs représentations de Guan Yin. Celles-ci ont toutefois un point commun : elles illustrent l’énergie protectrice et généreuse de la déesse, une énergie tournée vers les autres.

De manière générale, Guan Yin est représentée assise ou debout sur un lotus, vêtue d’une longue et ample robe blanche et tenant dans une main une branche de saule (symbole de la douceur, de la bienveillance et de la tolérance) ou une gerbe de riz (symbole de la fertilité). Elle peut tenir dans une autre main une jarre contenant de l’eau (symbole de la purification et de la vie) ou un sutra. L’une de ses mains peut également manifester un signe de protection et de bénédiction.

Sur certaines représentations, le lotus, qui la soutient et la transporte au-dessus de la terre et des eaux, peut être entouré d’un dragon qui l’emmène dans les airs. Ainsi, sont réunies la force du dragon et la bénédiction de Guan Yin qui constituent les deux pôles (masculin et féminin) de l’énergie universelle, originaire de toute vie : la fleur de lotus symbolisant le Yin et la fécondité, le dragon incarnant le Yang et le principe de création.

Une énergie libératrice de la souffrance humaine

Une légende raconte que Guan Yin était à l’origine une Princesse du nom de Miaoshan (« shan » signifiant en chinois la bonté), cadette des trois filles du roi Miao Zhuang. Fervente bouddhiste, celle-ci fit le choix de devenir bonze dans un temple. Irrité par son choix, son père incita les moines du temple à lui faire accomplir des tâches extrêmement pénibles afin de la décourager. Mais Miaoshan resta inflexible et put toujours accomplir les différents travaux demandés. Le roi décida alors de mettre le feu au temple. La Princesse Miaoshan en réchappa. Certains disent qu’elle fut en mesure d’éteindre l’incendie de ses mains sans subir la moindre souffrance ou séquelle, d’autres prétendent qu’elle fut secourue par un immense oiseau blanc qui la mit hors de danger. Son père ordonna alors sa mise à mort. Sur la route pour le Paradis, Miaoshan regarda la souffrance du monde en bas. Prise de pitié, elle décida de rester sur terre pour libérer les âmes de leurs malheurs. Une autre légende relate le fait que Miaoshan sacrifia ses yeux et ses bras pour sauver son père atteint d’une maladie grave. Elle fut dotée de mille bras et mille yeux par la suite.

Ainsi, la déesse Guan Yin représente la Compassion et la Miséricorde, mais également l’énergie qui guérit et libère les âmes de leurs maux, ce qui la rapproche de la Vierge Marie dans la religion chrétienne.

Une déesse vénérée pour son Amour infini et sa force d’action

En Chine, le lieu de culte le plus vénéré de Guan Yin reste le Mont Putuo (Putuoshan) au sud de Shanghai, l’un des quatre monts bouddhistes (les autres étant le Mont Wutai ou Mont des Cinq Terrasses, le Mont Emei ou Mont des Beaux Sourcils, le Mont Jiuhua ou Mont des Neuf Merveilles) qui constituent depuis le IXe siècle des lieux de pèlerinage et de recueillement. Ce mont entièrement dédié à Guan Yin est associé en général à l’élément du métal qui symbolise notamment la richesse intérieure, la générosité mais aussi la naissance de toute vie.

Toutefois, il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’au Mont Putuo pour vénérer Guan Yin et bénéficier de son énergie divine… Toute personne qui désire l’invoquer peut méditer sur une image représentant cette divinité et l’honorer avec un petit autel décoré de fleurs et parfumé de baguettes d’encens.

En nous plongeant dans l’encens et en l’appelant mentalement avec sincérité et amour, nous pouvons sentir une énergie maternelle, enveloppante, caressante, affectueuse et douce. Une force mesurée, pure et lumineuse nous berce et nous pénètre jusqu’à ce que notre corps baigne dans une énergie radieuse qui nous fait revivre.

En intégrant cette énergie bienfaitrice, nous nous sentons apaisés et sereins, prêts à affronter les obstacles du quotidien mais aussi à regarder la souffrance du monde avec compassion sans toutefois nous laisser envahir par la révolte et le sentiment d’injustice. C’est une énergie fine, subtile et éclairante qui nous permet de mieux comprendre les situations qui peuvent parfois nous révolter, mais tout en nous préservant de l’émotionnel, de la colère ou de la tristesse que nous pouvons ressentir en général.

La bénédiction de Guan Yin nous aide ainsi à purifier notre corps et notre pensée afin de nous aider à projeter un regard neuf et neutre sur le monde. Elle nous permet aussi de contribuer à aider les autres dans la difficulté avec sérénité, recul et dévotion. N’oublions pas, en effet, que l’énergie de Guan Yin est également une énergie qui guérit les maux et qui vise à libérer les êtres humains de leurs souffrances, quelle que soit la nature de celles-ci.

L’énergie de Guan Yin peut donc se résumer en deux facettes. Elle est celle qui nous protège contre les malheurs et qui nous aide à surmonter les épreuves douloureuses de la vie. Mais elle est aussi une force qui nous rend acteurs des événements, celle qui nous permet d’agir efficacement auprès des autres qui sont dans le besoin, grâce aux qualités qu’elle peut nous procurer : un regard éclairé et averti sur le monde qui nous entoure et une écoute attentive aux messages qui nous sont adressés quotidiennement. En d’autres termes, l’énergie de Guan Yin encourage chacun d’entre nous à mener toute action bienfaitrice, mais à condition qu’elle soit mesurée et réfléchie : l’action dans la contemplation et l’écoute.

 

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